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Né en 73, toujours les mêmes manifs

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Je suis né en 1973. Le dernier budget de la France à l’équilibre, c’est 1974. J’avais un an. Je ne m’en souviens pas, et pour cause : depuis, plus rien. Cinquante ans de déficit d’affilée, sous six présidents, de droite comme de gauche.

Solde des administrations publiques françaises en % du PIB, 1978-2024 : un déficit chaque année

Toujours les mêmes manifs

Ces dernières semaines, j’ai regardé les infos comme on regarde un film déjà vu. Des lycéens qui bloquent leurs bahuts. Des cheminots, des routiers, des enseignants, des gilets jaunes qui ressortent du placard. Le 17 octobre, des centaines de milliers de personnes dans la rue. À Lens, un gamin de 15 ans perd une main. À Saint-Étienne, un jeune homme aussi. À Paris, un policier part en urgence absolue avec une blessure à la tête.

J’ai fait mon service militaire dans la police, il y a longtemps. Alors oui, il y a des brebis galeuses. Mais pour moi, la violence est montée des deux côtés. Et le pire, c’est que ça gâche le débat : pendant qu’on regarde les victimes, on ne regarde pas les problèmes.

Le problème, c’est la patate

Les problèmes, tout le monde les connaît. Tu travailles mais tu ne peux plus te loger. Le 10 du mois, tu es dans le rouge. Tu perds ton taf, et aucune perspective. À la retraite, tu ne boucles pas les fins de mois. Et ça fait quarante ans que chaque gouvernement refile la patate chaude au suivant, avec des promesses intenables juste pour être élu.

On prête à Einstein une phrase qu’il n’a sans doute jamais dite, mais qui est trop bonne pour s’en priver : faire toujours la même chose et attendre un résultat différent, c’est la folie. Je crois qu’on y est.

Quelques chiffres, pour ne pas parler dans le vide :

  • La dette publique pesait 21 % de la richesse produite en 1978. Elle en pèse 113 % en 2024.
  • Les dépenses sociales publiques représentent environ 31 % du PIB, dont près de la moitié pour les retraites. C’est plus que l’Allemagne (28 %) et beaucoup plus que la moyenne des pays de l’OCDE (21 %).
  • En 1973, on comptait 4,7 personnes de 15 à 64 ans pour une personne de 65 ans ou plus. Aujourd’hui, 2,8.
  • Le 21 octobre, le taux auquel la France emprunte à 10 ans a dépassé 5 %, pour la première fois depuis 2002.
Dette publique en % du PIB de 1978 à 2024 : France, Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni, Suède
Dépenses sociales publiques en France par poste, en % du PIB, 1990-2022

Si j’étais à découvert

Moi, si je suis à découvert, personne ne va me laisser m’endetter indéfiniment. Mon banquier m’appelle, et il me demande de changer mes habitudes. Pourquoi ce n’est pas aussi évident pour l’État ?

Les économistes ont des réponses, et elles ne sont pas idiotes. L’État ne part pas à la retraite, il ne meurt pas, il n’a pas à tout rembourser avant 70 ans. Sa dette, c’est aussi l’assurance-vie des Français. Et en pleine crise, s’il se serrait la ceinture comme un ménage, il enfoncerait tout le monde avec lui.

D’accord. Mais le banquier de l’État existe : ce sont les marchés. Et ils commencent à ne plus répondre au téléphone. Les intérêts de la dette coûteront près de 60 milliards d’euros en 2026. C’est le deuxième poste de dépenses de l’État, juste derrière l’Éducation, et le Sénat voit la barre des 100 milliards vers 2030. Les agences de notation dégradent la France les unes après les autres. L’État peut tenir plus longtemps que moi. Pas indéfiniment.

Il y avait une vieille formule dans le Code civil : gérer « en bon père de famille ». Elle a été remplacée en 2014 par « raisonnable ». Je ne trouve pas ça conservateur, je trouve ça terre à terre. Et c’est tout ce que je demande.

« Mais alors, à quoi sert ton vote ? »

L’objection, on me l’a faite, et elle pique.

Des politiques qui ont dit la vérité, il y en a eu. Juppé, en 1995, a voulu toucher aux retraites : des semaines de grève, et il a dû reculer. Les gouvernements qui ont annoncé qu’il fallait tailler dans la dette sont tombés en quelques mois. Ce ne sont pas les politiques qui mentent, c’est nous qui punissons celui qui dit la vérité. Et si les marchés et Bruxelles décident de tout, alors ton vote ne sert à rien. C’est exactement le discours qui nourrit l’abstention.

J’adore cette objection, parce qu’elle m’oblige à préciser ce que je pense.

Quel que soit le président élu au printemps, il gouvernera avec les marchés et les partenaires européens au-dessus de l’épaule. Ça, ce n’est pas une opinion, c’est l’addition. Mais d’autres pays ont réglé l’addition dans le même cadre. Le Portugal est passé d’une dette de 134 % du PIB en 2020 à 95 % en 2024. La Suède l’a divisée par deux depuis 1994. Le vote ne décide plus du montant de l’addition. Il décide de qui la paie : les retraités, les actifs, les entreprises, les plus riches.

Et c’est là que, pour moi, les promesses deviennent trop visibles. Un candidat qui promet sans dire qui paie, je sais qu’il ment. Pas besoin d’être économiste pour ça : il suffit d’avoir déjà été dans le rouge le 10 du mois.

Qui paie ?

Dans six mois, on vote. Je ne vous dirai pas pour qui, et je ne parle ici ni d’écologie, ni d’Europe, ni d’immigration. Je poserai juste une question à chaque candidat : qui paie ? Celui qui répond franchement aura déjà fait plus que tous ses prédécesseurs depuis 1974.

J’avais un an au dernier budget à l’équilibre. J’aimerais bien en voir un deuxième avant ma retraite. Et vu la courbe des actifs par senior, il vaudrait mieux que ce soit bientôt.

Sources des graphiques : FMI (Global Debt Database), Commission européenne (AMECO), OCDE (SOCX).

Commentaires

Une réponse à « Né en 73, toujours les mêmes manifs »

  1. […] ai parlé dans mon billet précédent : le dernier budget à l’équilibre date de 1974. Depuis, chaque président a promis, d’une […]

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